Les normes orthographiques sont-elles une forme de discrimination ?

Il y a plusieurs manières d’aborder cette question se situant à la lisière de la linguistique et de la philosophie…et de la sociologie.
J’ai lu sous plusieurs plumes sérieuses cette idée, donc, que l’orthographe n’était en fait qu’un outil de discrimination de classe (sociale) et, si je n’y ai pas adhéré spontanément, au moins a-t-elle eu le mérite de me faire réfléchir.
J’ai repensé par exemple à cette foultitude d’articles expliquant aux chercheurs d’emploi qu’une mauvaise orthographe pénaliserait leur (potentiel) recrutement ; j’ai moi-même versé un peu  dans ce type d’argumentaire quand j’ai fait mes premières plaquettes de formations ; n’y a-t-il pas  là, effectivement, une forme de menace implicite : si vous ne maîtrisez pas l’orthographe, vous n’aurez pas le job… ?
J’ai repensé aussi à ces gens qui disent avoir pris une « revanche » sur la « nullité » qui a marqué leur scolarité : s’ils ont besoin de prendre  une revanche, c’est donc bien qu’ils ont vécu leurs vieilles dictées comme des agressions, parce qu’on ne se venge pas d’un bon souvenir.
Donc la question  mérite d’être posée, mais plutôt que de se demander si ces normes sont une forme de discrimination, je propose de nuancer la question en la reformulant de deux manières distinctes :
1 > Ces normes peuvent-elles être vécues comme une discrimination ?
2 > Ces normes sont-elles faites pour discriminer ?

Parce qu’il ne fait pas de doute que la réponse à la première question est : oui…
Et que la réponse  à la seconde est : non…

1. Pourquoi certains vivent-ils leur apprentissage de l’orthographe comme une exclusion ? S’il y avait des stages individuels de (re)mise à niveau, cette question ne se poserait pas, mais on sait comment ça se passe dans l’école actuelle : c’est l’histoire d’un train qui passe à une certaine heure, que certains prennent bien à propos, mais après lequel certains courent jusqu’à l’essoufflement… Qu’ensuite d’autres professeurs se servent de ce retard pour enlever des points, que des recruteurs s’en servent pour écrémer des candidats, –  voire que des proches s’en servent pour se moquer (pas toujours gentiment) – cela ne fait aucun doute et donc OUI il y a discrimination.

2. Mais il y a discrimination avec le prétexte de l’orthographe, car en soi, et c’est le dernier point de ma réflexion, l’orthographe n’est pas faite dans ce but- comme semblaient le sous-entendre  certains articles que j’ai lus.
Pour comprendre cela, il faut comprendre la raison d’être des règles orthographiques, qui est une raison pratique. Pour faire vite, une autre question : que se passerait-il si, demain, on arrêtait d’enseigner l’orthographe dans les écoles ? Autant demander, sur un sujet plus grave : que se passerait-il si, demain, on retirait panneaux, feux et signalisations des rues, routes et autoroutes ?… La réponse est évidente : ce serait rapidement le chaos. Chacun écrirait / conduirait « comme ça lui chante » et les accidents de compréhension / de la route deviendraient eux-mêmes la norme ! Pour que nous puissions nous comprendre à l’écrit, il faut qu’il y ait un code commun. On peut discuter du choix du rectangle blanc sur fond rouge  pour signaler un sens interdit, mais dire qu’il y a là une discrimination est un non-sens.

Je conclus : si, donc, l’orthographe est, dans certaines situations, utilisée comme un outil de discrimination sociale, elle n’est, en elle-même, pas discriminatoire : elle procède d’arbitrages nécessaires sur une langue toujours vivante, pour simplement lui permettre d’être écrite.

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mardi 23 mai

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