Intelligence et habileté intellectuelle

Intelligence et habileté intellectuelle sont bien deux choses distinctes. L’intelligence est large et voudrait tout embrasser ; l’habileté intellectuelle est aiguisée et voudrait tout manipuler. On confond souvent les deux, mais il y a un monde qui sépare ceux qui cherchent sincèrement et amoureusement la vérité et ceux qui cherchent uniquement à avoir raison. L’intelligent recherche l’intelligence, alors que l’habile se croit déjà intelligent. Comme le dit Piaget avec tant de finesse, « l’intelligence n’est pas un point de départ, mais un point d’arrivée ».

L’habile prend comme de nouvelles munitions toutes les choses qu’il apprend, il ne les considère pas pour elles-mêmes mais pour ce qu’elles peuvent lui apporter : pratiquant comme une religion le biais de confirmation d’hypothèse, il ne les gardera que si elles vont dans le sens de ses préjugés théoriques ou de ses intérêts et les rejettera si elles ne cadrent pas avec eux. En fait, l’esprit de l’habile se consacre à une tâche narcissique ; nulle autocritique, nulle contemplation, nul désintéressement ; la guerre avec les autres, la recherche du pouvoir et le dévoiement des mots à son intérêt.

L’intelligent ne traîne pas ce genre de complexe psychologique parce qu’il s’intéresse aux choses pour elles-mêmes, et non pour leur monnayage. Son seul profit, il le trouve dans la contemplation toujours plus haute, plus large, plus profonde et plus fine du monde et des êtres. Évidemment il est amené à se servir de son intelligence mais il ne le fait que dans des cadres où il y a autre chose en jeu que son image personnelle… Dans l’intelligence, il y a une générosité et une soif auxquelles est totalement étranger l’habile, le sophiste qui ne travaille, hélas, que pour lui-même.

C’est souvent qu’on prend l’habile pour un intelligent, mais en se rapprochant un peu, tel le dauphin de la fable de La Fontaine, on reconnaît le singe qu’on avait pris pour un homme.

L’intelligence ne se préoccupe ni de vitesse, ni de compétition, ni d’apparence, ni de pouvoir. Elle est à elle-même sa propre récompense, et ne veut que se partager.

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mardi 27 décembre 2018

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