De l’effort…

« Commencez donc par mieux étudier vos élèves », suggère Rousseau dans sa préface de l’Émile, « car très assurément vous ne les connaissez point. ». Cette phrase pourrait être la base d’une nouvelle conception de l’effort.
Pour dessiner à gros traits, il y a deux écoles opposées: la première, la plus ancienne, qui considère que c’est à l’élève de s’adapter au système d’apprentissage, qui se dit pour son bien, dût-il en souffrir d’ennui, voire d’en subir les menaces (directes, de la punition ou indirectes, du déclassement social); la deuxième, plus récente, qui voudrait adapter totalement l’apprentissage à l’élève, quitte à glisser vers le clientélisme -au gré des humeurs de l’élève, et provoquer une certaine perte de l’autorité.
A mon avis ce sont deux conceptions qui analysent mal les échecs pédagogiques. La première en attribue toute la responsabilité à une faute de l’élève (de volonté, d’attention, de préparation, etc.) -mais ne pourrait-on lui répondre, parce qu’elle ne se remet jamais en cause, qu’il se peut aussi que l’élève dorme en classe parce que le cours n’est pas intéressant, pas bien pensé? La deuxième en attribue uniquement la responsabilité au cours ou au prof –et ne pourrait-on lui rappeler qu’il y a aussi des élèves qui dorment en cours parce qu’ils sont paresseux?
Si la remise en question n’est pas équitablement répartie entre ceux qui font cours et ceux qui ont cours, l’enseignement restera ce dialogue de sourds qu’on connaît, ou plutôt ce monologue de sourd devant des sourds. Il faut essayer de distinguer honnêtement dans le manque d’intérêt (ou le non-investissement) d’un élève ce qui est de son fait personnel et ce qui est le signe d’une amélioration possible du cours.
Sans effort, pas de progrès; mais le seul effort qui soit vraiment fécond est celui qui est librement consenti.

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