La faute d’orthographe est-elle une faute morale ?

Vous devinez ma réponse, non ? Que de nobles justiciers de la langue française s’inquiètent de la singulière baisse du niveau de l’orthographe et partent en croisade contre toutes les infractions à la grammaire et à la syntaxe qui émaillent les textos, les tweets, les bandeaux des médias et jusqu’aux discours des responsables politiques, très bien ! Que les parents s’alarment de la qualité de la langue de leurs enfants, les professeurs de celle de leurs élèves, les employeurs de celle de leurs salariés… très bien, très bien…

Mais il ne faudrait pas que cette inquiétude et ce combat se teintent de culpabilisation, pour trois raisons.

1. Tout d’abord, que celui qui n’a jamais fait aucune faute jette le premier dictionnaire…
2. Pédagogiquement, c’est le mur. Si vous culpabilisez quelqu’un à propos de son orthographe, en vous moquant de lui ouvertement ou en suggérant implicitement que « bon sang, il pourrait faire un effort… » vous pouvez être sûr que vous allez achever le peu de considération qu’il lui restait encore de sa propre langue ; si se moquer peut être cathartique pour celui qui se moque et pour ceux qui rigolent, c’est une tout autre affaire pour celui qui est moqué : pour lui, le clou s’enfonce un peu plus.
3. Enfin, l’argument conservateur « il n’avait qu’à bosser à l’école » a ses limites car il a été établi que le problème était systémique, comme je l’ai expliqué ici. Ce n’est pas pour trouver des excuses à ceux qui confondent les « a » et les « à », les « ez », les « er » et les « é », mais force est de constater que la « faute », si tant est qu’un tel mot puisse être employé, est plutôt du côté des programmes que des écoliers eux-mêmes.

Donc oui au combat pour la langue française, mais non à l’idée de s’en servir à des fins moralisatrices.

Pour finir, je rappelle justement la différence qu’il y a entre l’erreur et la faute : l’erreur, c’est quand on se trompe sans le faire exprès ; la faute, c’est quand on sait qu’on se trompe, mais qu’on le fait quand même. Avec cette nuance, je pense qu’il serait plus juste de parler des « erreurs » orthographiques des Français et de la « faute » de l’école…

mardi 24 novembre 2015

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