Qu’est-ce qu’une dissertation ?

A cette question, on a souvent tendance à substituer cette autre question : « Comment fait-on une dissertation ? » Mais que vaut une méthode si l’on ne comprend même pas le but du jeu, l’intérêt intellectuel de l’exercice ?
Dans les discussions de la vie de tous les jours, et souvent -hélas- dans les médias, les arguments échangés n’ont ni direction ni profondeur. Ces deux qualités (la direction, la profondeur) sont d’ailleurs liées: la direction définit des limites, qui permettent la profondeur.
Les discussions courantes n’ont pas de direction, elles sautent d’un sujet à l’autre, bifurquent d’un problème à un autre, délaissent une question pour une autre, reviennent au sujet de départ, en repartent, etc. Elles s’étalent dans toutes les directions… c’est d’ailleurs cela qui les rend agréables, délassantes, mais il ne faut guère en attendre autre chose qu’un simple divertissement.
Quand, par la dissertation par exemple, on choisit une direction, un problème, on exclut par défaut tout ce qui ne s’y rapporte pas, on pose donc des limites. Ces limites demandent un effort à l’esprit (qu’on appelle parfois rigueur) qui est habitué à courir librement d’un sujet à l’autre mais cet effort est récompensé par la possibilité de la profondeur.
Car quand on fait l’effort de se tenir à un sujet, à lui seul et même pas à des thèmes satellites, on se donne la possibilité de l’approfondir à l’infini. C’est une contrainte féconde et un exercice excellent pour l’esprit, qui se rend capable d’intégrer de plus en plus d’informations, d’arguments, d’éléments contradictoires: c’est l’expansion d’une pensée complexe et fine, aux antipodes de la caricature, du préjugé, de la généralisation et du raccourci.
Mais pour que le propos gagne en profondeur (et l’esprit en hauteur), il lui faut l’humilité des limites -sans quoi il se disperse vainement.

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