Faire lire en classe

La majeure partie de mon temps d’études à l’Université a été consacrée à lire. Il y avait bien sûr aussi les cours, les examens et les travaux à rendre mais tout ceci n’aurait eu aucun sens sans la lecture : œuvres, critiques, articles etc. Le public en fac de Lettres est déjà lecteur et s’il veut aspirer à la réussite, il sait qu’il doit se plonger sans compter dans les livres. Je pense qu’il faudrait transposer ce temps de pure lecture dans le secondaire.

Dès le Collège, et jusqu’à la Première, les profs ne font pas lire, ils donnent à lire. L’élève doit lire hors-classe les ouvrages (nouvelles, romans, théâtre, poésie…) qui seront étudiés en classe. Car en classe, on ne lit pas, ou de courts extraits; on analyse, on commente, on note le cours. On sait d’ailleurs les multitudes de problèmes que pose cette contrainte de lire chez soi, et le seul moyen qu’on a trouvé pour s’assurer que l’ouvrage aura bien été lu est le bon vieux système du contrôle. Honnêtement, l’élève ne lit pas Le père Goriot pour le lire mais parce qu’on lui a dit que deux semaines plus tard, à telle date et à telle heure, il subirait un « contrôle de lecture » -par une sorte de chantage donc.

Comment faire lire les élèves, donc, si l’on ne veut pas exercer ce moyen de pression qui a plutôt tendance à détourner du plaisir de lire, mais si l’on sait également que l’élève ne lira pas de sa propre initiative ?

Un moyen intermédiaire pourrait être de faire lire en classe. Je me souviens de ce prof de Quatrième qui nous avait lu lui-même, en fin d’année, un nouvelle entière de Dino Buzzati : il avait capté l’intérêt général, et ce jusqu’à la dernière ligne du texte. Pari gagné : je m’en rappelle encore ! Sur les 5h de cours de français hebdomadaires, je propose qu’1h, par exemple, soit consacrée uniquement à lire, à faire lire, temps pendant lequel le prof n’aurait qu’à s’assurer de la concentration de ses lecteurs en herbe, temps pendant lequel ils seraient plongés dans les mots, dans la pratique de la lecture, concrète, réelle, sans intermédiaire, sans glose. « Lisez… » On fait bien des séances de lecture en primaire, et des ateliers pratiques dans toutes les matières scientifiques; l’atelier pratique de la littérature, c’est la lecture, le cours n’a aucun sens avant elle, ou sans elle, et s’accommode mal de son remplacement par les résumés de Wikipedia !

Certains pourraient rétorquer que ce ne serait que du temps de cours perdu, parce que l’élève peut très bien lire chez lui, mais pour ma part je pense qu’il s’agirait de temps gagné, car ainsi on plongerait l’élève dans la matière même de la littérature : la confrontation d’un lecteur avec un texte vivant qui n’attendait que lui, qui ne serait pas vivant sans lui.

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