Au cercle des poètes disparus

L’excellent interprète du Professeur Keating a étrangement décidé de lever l’ancre cet été; je me dois de déposer une fleur en hommage…

C’est au cœur même de mon adolescence que ce film a  favorisé mon goût déjà naissant pour l’écriture et mon goût à naître pour la lecture.
Ce film m’a dit, avant même que je ne commence à la fréquenter: la littérature a trait à la vie.
Non pas à l’école, ni aux notes, encore moins aux diplômes ou au fantôme d’une culture, mais à la vie elle-même. A l’aventure, au désir, à l’amour, à la quête de quelque chose qui est bien supérieur à ce que toutes les normes sociales, fussent-elles celles des élites, pourront jamais proposer.
Dans le film, le spectateur est intelligemment mis du côté du rêve et de l’anticonformisme que la littérature et la poésie peuvent éveiller jusque dans les cerveaux les plus formatés. Cette leçon ne m’a jamais quitté et elle est pour moi ce que Baudelaire appelle un « Phare ».
La littérature peut être un moyen excellent -si elle est transmise par des cœurs enthousiastes- de briser les ordres sociaux verrouillés et sans grandeur: dans cette entreprise, même les échecs sont de belles victoires.
O capitaine, mon capitaine…

L’étincelle

Ce que les cours de Keating disent de la pédagogie est tout aussi intéressant. Ah! le moment où il fait déchirer à ses élèves les pages de cette préface qui entend mettre la poésie en diagrammes…
Avec les meilleures intentions du monde, le meilleur programme, la meilleure bibliographie, le cours le plus exhaustif, le pédagogue qui ne sait pas allumer d’étincelle chez ses élèves aura beau faire dix fois le tour de la question sur son estrade, il ne formera, au mieux, que de bons perroquets. Je ne sais pas si ceux qui forment les maîtres entrouvrent, au milieu de leurs théories de l’éducation, cette petite porte-là.
Suscitez l’intérêt chez vos élèves, ils réaliseront aisément le travail que vous voulez leur faire faire, et ils le feront même dix fois car, une fois l’étincelle allumée, leur esprit sera, pour citer ici l’inventeur de Thélèmes, « comme le feu entre les branches ».
Ennuyez-les, sermonnez-les, vous n’obtiendrez que de laborieux et vains coups de rames: ce n’est pas tant que ce sera pénible – ce sera surtout inefficace. En fin de compte, menacez-les et punissez-les de ne pas s’intéresser à ce dont vous parlez – tout cela ne sera qu’un aveu déguisé d’échec pédagogique.
On ne peut donner que ce qu’on a : pour transmettre une matière, il faut tout simplement l’aimer soi-même… Sans ça… rien. Avec ça, elle rayonnera à partir de vous. Vos élèves percevront cette lumière, comme je percevais le petit sourire de plaisir qu’avait mon prof de français quand il parlait de Montaigne : il ne «fallait» pas qu’il nous en parle, il avait «envie» de nous en parler. Cette infime différence constitue, selon moi, la clé qui ouvre les esprits à la connaissance.
Dans l’éducation également, il s’agit d’être inspiré: qui disait d’elle qu’il s’agissait davantage… d’un art?

9 septembre 2014

 

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