Et si on demandait à Rimbaud… ?

Si par quelque improbable voyage dans le temps on pouvait demander à Rimbaud ce qu’il aurait pensé, à quinze ans, de l’idée de faire étudier, cent ans plus tard, sa « Bohème » ou son « Dormeur du val » à des adolescents de son âge, de leur en faire faire un commentaire composé, noté, avec relevé précis des champs lexicaux, interprétations des figures de style, analyse des temps verbaux et de la construction rythmique, le tout organisé en une stricte composition comprenant introduction, développement comprenant deux parties de trois sous-parties ou trois parties de deux sous-parties, ainsi qu’une conclusion reprenant la problématique du texte, qu’aurait-il dit?

Qu’aurait-il pensé? Peut-être se serait-il senti flatté, mais pas sûr ! Selon moi, il se serait plutôt fendu d’un grand éclat de rire ! « Quoi ! Ma poésie à analyser !? » Voire: s’y serait franchement opposé, au nom même de la poésie et de ce par quoi elle existe, c’est-à-dire la sensibilité. Je ne dis pas que la poésie ne peut être l’objet d’une approche intellectuelle, ni même que celle-ci soit dénuée d’intérêt, mais la poésie n’est pas faite, n’est pas écrite, n’est pas donnée au monde par le poète pour être analysée.A défaut donc de pouvoir demander aussi à Verlaine, Hugo, Villon, ou Baudelaire, posons la question à des poètes vivants. Je pense qu’ils émettraient au moins quelques réserves.

Regarde-t-on le dôme étoilé du ciel pour calculer la distance entre les étoiles ou l’inclinaison de l’axe de la Terre? Écoute-t-on de la musique pour différencier les croches des doubles-croches et les dièses des bémols?

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