A propos des classiques
 


  8 décembre 2019

Minéralogie du raisonnement
J’ai pris l’habitude de présenter l’exercice de la dissertation comme l’observation (minutieuse) des différentes facettes d’un problème. Cela permet de visualiser cette opération intellectuelle si précieuse dans un monde d’opinions hâtives, radicales, et trop peu nourries de connaissances réelles.(Lire la suite)

24 décembre 2018

Un Cantique de Noël
Mon jour de publication tombant cette année la veille de Noël, j’en profite pour donner ici l’incipit (allongé) du plus célèbre des contes de circonstance. Vous le reconnaîtrez sûrement !
Premier couplet – Le spectre de Marley
Marley était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était signé par le ministre, le clerc, l’entrepreneur des pompes funèbres et celui qui avait mené le deuil. Scrooge l’avait signé, et le nom de Scrooge était bon à la bourse, quel que fût le papier sur lequel il lui plût d’apposer sa signature.(Lire la suite)

11 décembre 2018

Vouloir supprimer toutes les subtilités de la langue française, c’est un peu comme vouloir raser toutes les petites rues d’une vieille ville.
Mon argument est dans le titre, mais je peux le développer -filer la métaphore- en réponse aux articles, projets éditoriaux et livres qui s’en prennent régulièrement à une supposée trop grande complexité de l’orthographe, le dernier buzz en date concernant l’accord du participe avec le COD. Une langue peut donc raisonnablement être comparée à une ville qui s’est construite au fil des siècles, par élargissements circulaires et strates successives…(Lire la suite)

27 novembre 2018

Choses vues. Un texte prophétique de Victor Hugo
« Hier, 22 février, j’allais à la Chambre des pairs. Il faisait beau et très froid, malgré le soleil et midi. Je vis venir rue de Tournon un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard ; trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, les pieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte et souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu’il couchait habituellement sur le pavé, la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain. Le peuple disait autour de lui qu’il avait volé ce pain et que c’était à cause de cela qu’on l’emmenait. »…(Lire la suite)

13 novembre 2018

« Sélection » : le mot poli pour « exclusion » ?
Georges Brassens, dans l’un de ses derniers interviews, se montrait réticent à dire quels étaient ses poètes « préférés », car, argumentait-il, « préférer, ça consiste à rejeter… à rejeter tout le reste ». Que dirions-nous de nos sélections scolaires et universitaires ? Sont-ce les élèves que nous préférons ? Nous avons plutôt coutume de dire que ce sont les élèves les plus méritants, que leur sélection est le fruit logique et naturel de leurs efforts. Vision partiellement vraie…(Lire la suite)

23 octobre 2018

Philo : cercles de la connaissance
Rien de tel qu’un petit schéma pour exercer son humilité.

Le premier cercle figure tout ce que je connais à cet instant : le cumul de mes apprentissages et de mon expérience, avec un niveau variable dans les nombreux et divers domaines de la connaissance. Quand bien même je serais expert…(Lire la suite)

9 octobre 2018

Orthographe : avez-vous un œil de lynx ?
Un petit test simple pour le savoir. Contrairement aux exercices usuels, ce texte ne contient pas plusieurs fautes à trouver mais une seule ! Saurez-vous la débusquer dès la première (éventuellement la deuxième) lecture ?(Lire la suite)

25 septembre 2018

Comment transmettre la littérature ?
La difficulté de cette question tient sans doute à la nature même de ce qu’on aimerait faire passer, faire découvrir, faire aimer ; si j’emploie le terme de transmettre dans la formulation de la question, c’est que je pose comme premier préalable que la littérature ne peut pas « s’enseigner » -du moins pas comme on enseigne la chimie, la géographie ou la programmation informatique. La littérature étant un art,…(Lire la suite)

11 septembre 2018

Baladodiffusion : apprenez en vous promenant !
On ne mesure peut-être pas encore les effets positifs sur le savoir que pourra avoir, à terme, le succès croissant du podcast ; la francisation « baladodiffusion » n’a guère pris dans l’usage, sans doute à cause de sa longueur, mais elle ne manquait pas d’un …(Lire la suite)

26 juin 2018

Maîtriser l’orthographe française : entraînez-vous également sur papier !
Dans la foulée de notre travail sur l’application Bescherelle, et en parallèle de la nouvelle Certification, Hatier publie cet été un livre de cours et d’exercices d’orthographe organisé en doubles pages : à gauche la règle ; à droite des exercices, conçus de manière à…(Lire la suite)

 

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A propos des classiques

Quand une œuvre ou un texte dépasse un certain niveau de célébrité, il peut arriver que ce soit cette  célébrité elle-même qui en empêche la lecture.

Il faut analyser ce phénomène pour lever cet ultime obstacle. Ce degré de célébrité, atteint sur 10, 50, 100, 200, 500, 1000 ans est tel que tout le monde pense l’avoir « lu », simplement parce qu’il le « connaît ». Il paraît que plus de la moitié des Français déclare avoir lu Les misérables ; qui ne pense avoir lu Alice au pays des merveilles, ou Les aventures de Sherlock Holmes, ou la Bible ? Pourtant une rapide enquête dévoile que peu ont vraiment lu ces textes, les commençant page 1, pour en découvrir par soi-même les pages suivantes, jusqu’à la fin, à un moment précis de leurs vies. Sûrement ils ont entendu des passages, rencontré des extraits, vu des adaptations au cinéma, à la télé… mais d’expérience de lecture réelle, d’accès direct au texte, il n’y en a eu finalement que peu – en tous les cas bien moins qu’on ne croit.

Pourquoi ?

  1. Tout d’abord cette connaissance préalable de l’intrigue ou de l’univers diminue le désir (« spoile » pour se servir d’un néologisme à la mode) qu’on peut avoir de les découvrir : quand j’ai lu il y a quelques semaines seulement, le magnifique roman de Steinbeck Des souris et des hommes, j’en connaissais déjà le dénouement, ce qui m’en a évidemment gâché en partie l’effet. En fait, on connaît parfois des éléments qui ne sont même pas vraiment dans l’œuvre, que ce soit de l’ordre du détail (Sherlock n’a jamais dit, dans les romans et nouvelles de Doyle la phrase  « Élémentaire mon cher Watson ! ») ou carrément de passages tronqués ou de fins changées !
  1. Il existe probablement un certain complexe lié aux « grandes œuvres », qui n’est que rarement dissipé par ceux qui en parlent, au contraire : les conversations et même les émissions dédiées qui prennent les « classiques » comme sujet ont souvent ce ton compassé et pédant qui donnerait envie de fuir jusqu’aux plus ouverts des néophytes. Dans la bouche des passeurs de littérature (d’aussi bonne volonté soient-ils), les titres de ces chefs d’œuvre qu’on n’a pas vraiment lus, donc, s’éloignent et s’enferment dans une tour d’ivoire dont la clef est réservée. Pourquoi, alors, ferait-on un effort pour les lire ?

Forteresses imprenables.

  1. L’effort est le dernier problème car, même pour ceux qui lisent beaucoup et qui parviennent à garder un désir spontané pour Cervantès, Proust, Jules Verne ou Homère, on n’entre pas aussi facilement dans ces livres plus exigeants, il y a une sorte d’épreuve de patience et d’accoutumance à passer.

Que peut-on dire de plus que : « le jeu en vaut la chandelle ! ». La vue vaut l’escalade.

Un de mes profs de fac, qui était « seiziémiste », avait donné un jour, en amphi, à la foule de lecteurs assidus que nous étions, le conseil suivant :

« Ne lisez jamais de livres qui aient moins de dix ans. »

(Ce serait un peu l’équivalent universitaire de la devise hippie : « ne faites jamais confiance à quelqu’un de plus de 30 ans »). Mais nul élitisme, et encore moins d’interdit, dans la phrase de ce professeur, qui nous avait expliqué ensuite que le meilleur critique littéraire qui ait jamais existé s’appelait tout simplement le temps et qu’il fallait le laisser faire son œuvre – non pas qu’il ne pût y avoir, dans l’actualité littéraire, de grandes œuvres, mais que c’était un gain de temps (justement) de ne lire que ce qui avait commencé à traverser le faux cuir des modes. Il achevait ainsi son « conseil de lectures » : la littérature est un art qui a plus de 2500 ans et vous pourriez, si vous le vouliez, passer votre vie à ne lire que des chefs d’œuvre, pourquoi vous en passer ? Pour le dernier roman à la mode ? Sans chercher à me faire une règle de cette manière d’aborder la littérature (chacun lit ce qu’il veut !) je n’ai jamais regretté d’avoir entendu cette suggestion : ne lire que des chefs d’œuvre toute sa vie…

Une suggestion à mon tour : peut-être devrait on substituer au terme de « classiques » celui, plus juste et moins atone, de trésors.

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mardi 22 novembre 2016

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