Les mots de la philo
 


  14 mai 2019

Sujets de philosophie : et si on laissait un choix plus important au candidat ?
Lundi 17 juin, à 08h02, comme chaque année à l’épreuve de philosophie, à côté de l’explication de texte qui ressemble à une voie de secours, deux sujets de dissertation vont « tomber » : ce verbe se disqualifie de lui-même, faisant penser à un verdict, une sanction, pour ne pas dire un « couperet ». Le bachelier va jouer une partie de sa note globale, de son année, de son orientation, sur l’arbitraire de ces deux phrases suspendues dans le vide. Pour le dire autrement, on va jouer sa connaissance aux dés…(Lire la suite)

23 avril 2019

En ligne : le Dictionnaire de l’Académie française
Cela méritait bien un billet dédié : depuis quelques semaines, le Dictionnaire de l’Académie est en ligne et consultable gratuitement. C’est un évé(/è)nement !(Lire la suite)

9 avril 2019

Philo : le test du mandarin chinois
Avant de citer et de commenter les sources de ce petit test de « morale » assez connu en philosophie, j’en résume d’abord (schématiquement) l’argument essentiel.
On met devant vous une boîte avec un bouton. Si vous appuyez sur le bouton, vous tuez instantanément à l’autre bout du monde un vieil homme que vous ne connaissez pas ; vous avez l’assurance de ne jamais en être accusé ; et vous touchez 10 millions d’euros. Appuyez-vous sur le bouton ?(Lire la suite)

26 mars 2019

Connaissez-vous les haïkus?
« Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière », écrivait Flaubert. On aurait là l’épigraphe idéale, en page de garde, d’un recueil de haïkus -ces éclats de conscience. Nul besoin donc de vous refaire la fiche Wikipedia de ces poèmes minimalistes, parfois lyriques, parfois purement descriptifs, tantôt drôles, tantôt philosophiques, toujours subtils, je vous en donne seulement dix à lire -ils se suffiront à eux-mêmes, car :
Pour s’ouvrir dans un esprit,
La fleur d’un haïku n’a besoin…(Lire la suite)

12 mars 2019

D’un certain « ressentiment » en orthographe
Une note un peu plus psychologique ici (une fois n’est pas coutume), qu’il ne me semble pas inutile de produire alors que les indicateurs de baisse du niveau orthographique des Français sont en train de virer à la culpabilisation générale…(Lire la suite)

26 février 2019

Opinions et vérité à l’heure des réseaux
Dans l’un de ses derniers titres, un rappeur connu dit : « Le monde est un PMU, où n’importe qui donne son mauvais point de vue ». J’amenderais cette intéressante « punchline » de la sorte : où chacun peut donner son point de vue, mauvais s’il est trop hâtif, utile s’il est réfléchi. Ça claque moins bien, mais c’est plus constructif. Car ce n’est pas le fait de…(Lire la suite)

12 février 2019

Votre âge en minutes de lecture par jour
Intimement convaincu de l’axiome : « trop donne rien, un peu donne beaucoup », je propose cette modeste méthode de lecture, en réponse à une question qu’on me pose fréquemment : comment se mettre (ou se remettre) à lire ?…(Lire la suite)

22 janvier 2019

La ponctuation est-elle en option ?
Quelle différence faites-vous entre ces deux phrases ?
Le président n’est pas mort comme on l’avait cru.
Le président n’est pas mort, comme on l’avait cru.
La différence est ténue : elle ne tient qu’à une virgule. Pourtant, le sens est radicalement autre. Dans la première phrase…(Lire la suite)

8 janvier 2019

Minéralogie du raisonnement
J’ai pris l’habitude de présenter l’exercice de la dissertation comme l’observation (minutieuse) des différentes facettes d’un problème. Cela permet de visualiser cette opération intellectuelle si précieuse dans un monde d’opinions hâtives, radicales, et trop peu nourries de connaissances réelles.(Lire la suite)

24 décembre 2018

Un Cantique de Noël
Mon jour de publication tombant cette année la veille de Noël, j’en profite pour donner ici l’incipit (allongé) du plus célèbre des contes de circonstance. Vous le reconnaîtrez sûrement !
Premier couplet – Le spectre de Marley
Marley était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. Le registre mortuaire était signé par le ministre, le clerc, l’entrepreneur des pompes funèbres et celui qui avait mené le deuil. Scrooge l’avait signé, et le nom de Scrooge était bon à la bourse, quel que fût le papier sur lequel il lui plût d’apposer sa signature.(Lire la suite)

 

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Les mots de la philo

Un excellent prof que j’ai eu en fac nous invitait, au cours de ses conseils de lecture en TD, à nous méfier des auteurs « qui confondent obscurité et profondeur ». Il avait l’élégance de ne citer personne, mais son conseil m’est resté.

Je ne citerai personne non plus mais mes expériences de lecture m’ont effectivement mis en présence de textes inutilement compliqués, quasi illisibles même, où j’avais plutôt l’impression que l’auteur faisait un numéro d’acrobatie se réduisant à essayer de bien faire sentir sa stupidité au lecteur. Même avec un gros effort, il ne reste rien, ou pas grand-chose de l’examen de ces textes.

Soit l’auteur est en train de s’emberlificoter lui-même dans un sujet qu’il ne maîtrise pas tant qu’il ne le croit (pour paraphraser Boileau il n’énonce pas clairement quelque chose qu’il ne conçoit pas bien lui-même) ; soit il est en train de pavaner en jonglant avec des mots compliqués qui ne servent qu’à (essayer d’) impressionner la galerie : dans les deux cas, pas de temps à perdre, le contenu réel est inversement proportionnel à la pompe, le style étant justement le paravent cachant l’indigence du fond.

Pour autant, tous les textes difficiles à lire ne sont pas des escroqueries et je propose d’introduire ici le concept d’outil : si un mot, ou une expression, est complexe (ex : une contradiction performative, la finitude, l’hamlétisme), c’est qu’il a une utilité dans le raisonnement philosophique de l’auteur. S’il n’en a pas vraiment, si on pouvait se passer de lui, c’est qu’on est dans le pédantisme dont je viens de parler ; mais s’il en a vraiment une, en d’autres termes si on ne peut déverrouiller une idée sans lui (comme il est par exemple impossible de planter un clou sans un bon marteau ou de le retirer sans une pince adéquate), alors il faut faire l’effort de le comprendre.

Le cas d’Emmanuel Kant est particulièrement représentatif de ce problème- mais l’on sait, derrière la difficulté lexicale de certains de ses textes, qu’il y a vraiment quelque chose à comprendre, et une étude bien menée révèle au fur et à mesure la richesse du contenu. On pourrait ici faire un rapprochement avec les termes techniques que l’on trouve dans les sciences appliquées : ils sont nécessaires pour être précis, et si on les enlevait, on serait, donc, plus vague !

D’un point de vue pédagogique, après avoir distingué les auteurs « difficiles » et écarté les jargonnautes (le bon grain de l’ivraie), il est prudent, quand on a affaire à des termes très abstraits, de ralentir, comme on dit à l’auto-école. Prévenir, déjà, qu’on va utiliser un mot difficile -une petite touche d’humour n’étant pas de trop (attention je vais employer un gros mot…) ; l’idée est de ne pas laisser derrière soi des randonneurs qui se seraient pris un caillou sur la tête… Ralentir, s’arrêter même s’il le faut, pour bien définir le mot, que ce soit clair pour tout le monde. Tant pis si on court le risque d’ennuyer ceux qui avaient déjà compris ; c’est un risque moins grand que de perdre les autres. Quand tout le monde est là, on repart.

Il y a encore un dernier luxe : essayer de faire aimer ces mots qui ne passent pas partout et qui permettent de nommer quelque chose qu’ils sont les seuls à désigner, non pas pour briller en société, mais pour une plus grande intelligibilité, comme on ajouterait le nom nouveau d’une terre auparavant inconnue sur une carte du monde -sauf qu’il s’agit de la carte, plus belle et plus vaste encore, de l’esprit humain.

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mardi 25 avril 2017

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