Les mots de la philo
 


  22 octobre 2019

« Il y a combien de pages ? »
C’est la question la plus récurrente que les élèves de Collège ou de Lycée posent (ou se posent) quand on leur annonce qu’ils vont devoir lire tel ou tel livre en classe ; c’est également la réserve qu’opposent les adultes restés hostiles ou indifférents à la lecture…(Lire la suite)

8 octobre 2019

La culture fait-elle l’intelligence ? ?
« Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. » C’est une base, et il ne s’agit ici pour moi ni de la répéter, ni de la contester -mais plutôt de la mettre en perspective. Qu’est-ce qu’un être cultivé ? Qu’a-t-il de plus (ou de moins) qu’un être dont on dirait qu’il ne l’est pas ? Est-ce un être intelligent, ou en tous cas plus intelligent que celui qui a moins de culture ? Au risque de surprendre (venant de quelqu’un qui passe son temps à la transmettre), je répondrais à cette dernière question par la négative…(Lire la suite)

24 septembre 2019

Raisonnement par induction et raisonnement par déduction
Petite note explicative. Ayant moi-même longtemps eu une vision plutôt vague de ces deux mouvements de l’esprit, j’en précise ici les contours.
D’abord un petit schéma mnémotechnique…(Lire la suite)

10 septembre 2019

Orthographe : la règle et l’usage
Il me semble utile, pour des raisons que je détaille en fin d’article, de produire un petit schéma de pensée pour comprendre le rapport particulier qu’entretiennent, en orthographe, l’usage (c’est-à-dire le français que nous parlons et écrivons tous les jours) et la règle (c’est-à-dire le code commun que nous avons appris à l’école)…(Lire la suite)

25 juin 2019

Qu’est-ce qu’un philosophe ?
À cette intimidante question, il est possible de répondre une première chose assez simple, pour distinguer le philosophe de la figure de l’intellectuel (pour moi ce second terme n’a rien de péjoratif) : le philosophe est celui qui produit des concepts philosophiques…(Lire la suite)

11 juin 2019

Adapter un chef d’œuvre littéraire au cinéma : une bonne idée ?
« Je préfère le livre »… Dans le prolongement de cette phrase que j’ai entendue mille fois (y compris dans la bouche de gens lisant peu), une petite réflexion à deux voix sur le thème de la transposition littéraire au cinéma, avec mon ami Guillaume Trouvé, en podcast…(Lire la suite)

28 mai 2019

L’orthographe est-elle une forme de politesse ?
Le philosophe Alain écrivait : « L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse » . J’ai souvent lu ou entendu ce rapprochement : écrire sans faire de fautes serait une forme de courtoisie, de savoir-vivre, voire, carrément, de comportement éthique. Je remarque tout d’abord que ce discours est majoritairement tenu par des gens qui maîtrisent bien l’orthographe -c’est donc un raisonnement pro domo ; secondement, ce raisonnement me gêne un peu, et voici pourquoi…(Lire la suite)

14 mai 2019

Sujets de philosophie : et si on laissait un choix plus important au candidat ?
Lundi 17 juin, à 08h02, comme chaque année à l’épreuve de philosophie, à côté de l’explication de texte qui ressemble à une voie de secours, deux sujets de dissertation vont « tomber » : ce verbe se disqualifie de lui-même, faisant penser à un verdict, une sanction, pour ne pas dire un « couperet ». Le bachelier va jouer une partie de sa note globale, de son année, de son orientation, sur l’arbitraire de ces deux phrases suspendues dans le vide. Pour le dire autrement, on va jouer sa connaissance aux dés…(Lire la suite)

23 avril 2019

En ligne : le Dictionnaire de l’Académie française
Cela méritait bien un billet dédié : depuis quelques semaines, le Dictionnaire de l’Académie est en ligne et consultable gratuitement. C’est un évé(/è)nement !(Lire la suite)

9 avril 2019

Philo : le test du mandarin chinois
Avant de citer et de commenter les sources de ce petit test de « morale » assez connu en philosophie, j’en résume d’abord (schématiquement) l’argument essentiel.
On met devant vous une boîte avec un bouton. Si vous appuyez sur le bouton, vous tuez instantanément à l’autre bout du monde un vieil homme que vous ne connaissez pas ; vous avez l’assurance de ne jamais en être accusé ; et vous touchez 10 millions d’euros. Appuyez-vous sur le bouton ?(Lire la suite)

 

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Les mots de la philo

Un excellent prof que j’ai eu en fac nous invitait, au cours de ses conseils de lecture en TD, à nous méfier des auteurs « qui confondent obscurité et profondeur ». Il avait l’élégance de ne citer personne, mais son conseil m’est resté.

Je ne citerai personne non plus mais mes expériences de lecture m’ont effectivement mis en présence de textes inutilement compliqués, quasi illisibles même, où j’avais plutôt l’impression que l’auteur faisait un numéro d’acrobatie se réduisant à essayer de bien faire sentir sa stupidité au lecteur. Même avec un gros effort, il ne reste rien, ou pas grand-chose de l’examen de ces textes.

Soit l’auteur est en train de s’emberlificoter lui-même dans un sujet qu’il ne maîtrise pas tant qu’il ne le croit (pour paraphraser Boileau il n’énonce pas clairement quelque chose qu’il ne conçoit pas bien lui-même) ; soit il est en train de pavaner en jonglant avec des mots compliqués qui ne servent qu’à (essayer d’) impressionner la galerie : dans les deux cas, pas de temps à perdre, le contenu réel est inversement proportionnel à la pompe, le style étant justement le paravent cachant l’indigence du fond.

Pour autant, tous les textes difficiles à lire ne sont pas des escroqueries et je propose d’introduire ici le concept d’outil : si un mot, ou une expression, est complexe (ex : une contradiction performative, la finitude, l’hamlétisme), c’est qu’il a une utilité dans le raisonnement philosophique de l’auteur. S’il n’en a pas vraiment, si on pouvait se passer de lui, c’est qu’on est dans le pédantisme dont je viens de parler ; mais s’il en a vraiment une, en d’autres termes si on ne peut déverrouiller une idée sans lui (comme il est par exemple impossible de planter un clou sans un bon marteau ou de le retirer sans une pince adéquate), alors il faut faire l’effort de le comprendre.

Le cas d’Emmanuel Kant est particulièrement représentatif de ce problème- mais l’on sait, derrière la difficulté lexicale de certains de ses textes, qu’il y a vraiment quelque chose à comprendre, et une étude bien menée révèle au fur et à mesure la richesse du contenu. On pourrait ici faire un rapprochement avec les termes techniques que l’on trouve dans les sciences appliquées : ils sont nécessaires pour être précis, et si on les enlevait, on serait, donc, plus vague !

D’un point de vue pédagogique, après avoir distingué les auteurs « difficiles » et écarté les jargonnautes (le bon grain de l’ivraie), il est prudent, quand on a affaire à des termes très abstraits, de ralentir, comme on dit à l’auto-école. Prévenir, déjà, qu’on va utiliser un mot difficile -une petite touche d’humour n’étant pas de trop (attention je vais employer un gros mot…) ; l’idée est de ne pas laisser derrière soi des randonneurs qui se seraient pris un caillou sur la tête… Ralentir, s’arrêter même s’il le faut, pour bien définir le mot, que ce soit clair pour tout le monde. Tant pis si on court le risque d’ennuyer ceux qui avaient déjà compris ; c’est un risque moins grand que de perdre les autres. Quand tout le monde est là, on repart.

Il y a encore un dernier luxe : essayer de faire aimer ces mots qui ne passent pas partout et qui permettent de nommer quelque chose qu’ils sont les seuls à désigner, non pas pour briller en société, mais pour une plus grande intelligibilité, comme on ajouterait le nom nouveau d’une terre auparavant inconnue sur une carte du monde -sauf qu’il s’agit de la carte, plus belle et plus vaste encore, de l’esprit humain.

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mardi 25 avril 2017

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