Faut-il prendre une « revanche » sur l’orthographe ?
 


  25 juin 2019

Qu’est-ce qu’un philosophe ?
À cette intimidante question, il est possible de répondre une première chose assez simple, pour distinguer le philosophe de la figure de l’intellectuel (pour moi ce second terme n’a rien de péjoratif) : le philosophe est celui qui produit des concepts philosophiques…(Lire la suite)

11 juin 2019

Adapter un chef d’œuvre littéraire au cinéma : une bonne idée ?
« Je préfère le livre »… Dans le prolongement de cette phrase que j’ai entendue mille fois (y compris dans la bouche de gens lisant peu), une petite réflexion à deux voix sur le thème de la transposition littéraire au cinéma, avec mon ami Guillaume Trouvé, en podcast…(Lire la suite)

28 mai 2019

L’orthographe est-elle une forme de politesse ?
Le philosophe Alain écrivait : « L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse » . J’ai souvent lu ou entendu ce rapprochement : écrire sans faire de fautes serait une forme de courtoisie, de savoir-vivre, voire, carrément, de comportement éthique. Je remarque tout d’abord que ce discours est majoritairement tenu par des gens qui maîtrisent bien l’orthographe -c’est donc un raisonnement pro domo ; secondement, ce raisonnement me gêne un peu, et voici pourquoi…(Lire la suite)

14 mai 2019

Sujets de philosophie : et si on laissait un choix plus important au candidat ?
Lundi 17 juin, à 08h02, comme chaque année à l’épreuve de philosophie, à côté de l’explication de texte qui ressemble à une voie de secours, deux sujets de dissertation vont « tomber » : ce verbe se disqualifie de lui-même, faisant penser à un verdict, une sanction, pour ne pas dire un « couperet ». Le bachelier va jouer une partie de sa note globale, de son année, de son orientation, sur l’arbitraire de ces deux phrases suspendues dans le vide. Pour le dire autrement, on va jouer sa connaissance aux dés…(Lire la suite)

23 avril 2019

En ligne : le Dictionnaire de l’Académie française
Cela méritait bien un billet dédié : depuis quelques semaines, le Dictionnaire de l’Académie est en ligne et consultable gratuitement. C’est un évé(/è)nement !(Lire la suite)

9 avril 2019

Philo : le test du mandarin chinois
Avant de citer et de commenter les sources de ce petit test de « morale » assez connu en philosophie, j’en résume d’abord (schématiquement) l’argument essentiel.
On met devant vous une boîte avec un bouton. Si vous appuyez sur le bouton, vous tuez instantanément à l’autre bout du monde un vieil homme que vous ne connaissez pas ; vous avez l’assurance de ne jamais en être accusé ; et vous touchez 10 millions d’euros. Appuyez-vous sur le bouton ?(Lire la suite)

26 mars 2019

Connaissez-vous les haïkus?
« Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière », écrivait Flaubert. On aurait là l’épigraphe idéale, en page de garde, d’un recueil de haïkus -ces éclats de conscience. Nul besoin donc de vous refaire la fiche Wikipedia de ces poèmes minimalistes, parfois lyriques, parfois purement descriptifs, tantôt drôles, tantôt philosophiques, toujours subtils, je vous en donne seulement dix à lire -ils se suffiront à eux-mêmes, car :
Pour s’ouvrir dans un esprit,
La fleur d’un haïku n’a besoin…(Lire la suite)

12 mars 2019

D’un certain « ressentiment » en orthographe
Une note un peu plus psychologique ici (une fois n’est pas coutume), qu’il ne me semble pas inutile de produire alors que les indicateurs de baisse du niveau orthographique des Français sont en train de virer à la culpabilisation générale…(Lire la suite)

26 février 2019

Opinions et vérité à l’heure des réseaux
Dans l’un de ses derniers titres, un rappeur connu dit : « Le monde est un PMU, où n’importe qui donne son mauvais point de vue ». J’amenderais cette intéressante « punchline » de la sorte : où chacun peut donner son point de vue, mauvais s’il est trop hâtif, utile s’il est réfléchi. Ça claque moins bien, mais c’est plus constructif. Car ce n’est pas le fait de…(Lire la suite)

12 février 2019

Votre âge en minutes de lecture par jour
Intimement convaincu de l’axiome : « trop donne rien, un peu donne beaucoup », je propose cette modeste méthode de lecture, en réponse à une question qu’on me pose fréquemment : comment se mettre (ou se remettre) à lire ?…(Lire la suite)

 

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Faut-il prendre une « revanche » sur l’orthographe ?

Depuis quelques années, ont fleuri, dans les rayonnages des librairies, des ouvrages surfant sur ce thème de la revanche que pourraient ou devraient prendre ceux qui ont un problème avec l’orthographe, faisant même parfois de celle-ci le problème. Je ne souscris pas à cette approche. Ou, pour le dire autrement : je n’aime pas trop cette ambiance. Ces ouvrages essayent de répondre à la question du déclin de l’orthographe des Français, qui est indiscutable, mais la réponse apportée est maladroite, parce qu’elle procède d’une analyse erronée et d’une vision à la petite semaine de la langue.

Une analyse erronée

On sent, dans les propos des auteurs de ces ouvrages, une aigreur concernant la question scolaire. Soit ils avancent carrément qu’il s’agit de leur histoire personnelle (personnellement je n’ai pas déduit de ma mauvaise expérience en Maths que les Maths étaient une affreuse discipline et qu’il fallait abréger le théorème de Pascal !), soit ils prennent à témoin des élèves (actuels ou anciens) qui ont vécu ou vivent leurs dictées comme des tortures chinoises. Puis ils en déduisent 1. que l’orthographe française est un absurde diktat, et/ou 2. que l’école est une sorte de système pénitentiaire au service de ce diktat. De ces visions exagérément apocalyptiques ressort l’idée que la mauvaise  orthographe des Français est la preuve irréfutable de la légitimité de leur croisade simplificatrice.

C’est qu’ils n’ont pas fait assez d’histoire. Dans les années 40 et 50, la population Française maîtrisait très bien cette même orthographe qu’ils essayent de présenter comme un redoutable monstre. Pourquoi ? L’orthographe était-elle plus facile ? Non, les règles sont strictement identiques, la réforme de 90 n’ayant apporté que de légers correctifs à la marge. Nos grands et arrière-grands-parents étaient-ils, alors, plus intelligents que nous ? On n’irait même pas essayer de répondre à une question si idiote. Non, la réponse est bête comme chou : ils faisaient cinq heures d’orthographe par semaine en classe élémentaire; nous et nos enfants n’en faisons plus que deux. Ceci explique cela, et internet n’a rien à voir là-dedans ! Si on veut rétablir le niveau orthographique des Français, reprenons le temps perdu en Primaire, car c’est pendant cette période, sur cette question, que (presque) tout se joue.

Une réponse maladroite

Partant, et tant qu’on ne se sera pas donné ces moyens, il s’agit de colmater les brèches dans le fond du paquebot. Je remarque que ceux qui pensent en termes de revanche ne jurent que par les trucs et astuces. Ils abhorrent les règles, et jusqu’à l’idée même de règles. Leurs solutions sont -autant que faire se peut- des compilations d’astuces pour passer l’obstacle, mais en le contournant. Je ne dis pas que ces ficelles soient totalement  inutiles, mais elles ne peuvent absolument pas, à elles toutes seules, assurer une bonne intelligence du français écrit. Où est, dans une telle ambiance, le goût de la langue française ? S’il ne s’agissait que d’une approche plus ludique, pourquoi pas ! Mais on sent derrière la démarche une vision strictement pragmatique de la langue, une détestation de la grammaire, une volonté de tout mettre à plat, de gommer tous ces reliefs qui font le charme du paysage.

Une vision étroite

La querelle entre conservateurs et réformateurs de l’orthographe est multiséculaire, de même que ce goût français pour la polémique. Les réformateurs d’aujourd’hui ne semblent pas –c’est là tout ce que je trouve d’étrange– animés d’un  grand amour envers l’objet en question – à moins qu’ils ne règlent des comptes. Une autre vision de la règle est possible. Elle doit selon moi être positive, parce que l’écrit a ceci de supérieur sur l’oral qu’il est plus précis ; de plus il est visuel. Quand on lit, on n’entend pas les mots (c’est ce que ceux qui veulent à tout prix aligner l’écrit sur l’oral ne comprennent pas), on les voit et les particularités orthographiques nous donnent en permanence des indications de sens précieuses. L’orthographe française a aussi cela de très beau, dans l’élaboration progressive de ses règles, de contenir son histoire, ses étymologies. Le « p » de temps renvoyé à son ancêtre latin « tempus ». Pourquoi se priver de cela ?

Je conclus en suggérant l’idée qu’à force de présenter l’orthographe comme une corvée, on la transforme en corvée. Quand je lis ici ou là que notre orthographe serait trop difficile, que ses règles seraient trop compliquée, que sa maîtrise serait trop élitiste, j’ai l’impression d’entendre cet empereur qui disait à Mozart qu’il y avait « trop de notes » dans son concerto. La langue française n’est pas une purge, une corvée, c’est un splendide musée, autant  qu’un art vivant.

mardi 14 novembre 2017

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