Comment transmettre la littérature ?
 


  8 octobre 2019

La culture fait-elle l’intelligence ? ?
« Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. » C’est une base, et il ne s’agit ici pour moi ni de la répéter, ni de la contester -mais plutôt de la mettre en perspective. Qu’est-ce qu’un être cultivé ? Qu’a-t-il de plus (ou de moins) qu’un être dont on dirait qu’il ne l’est pas ? Est-ce un être intelligent, ou en tous cas plus intelligent que celui qui a moins de culture ? Au risque de surprendre (venant de quelqu’un qui passe son temps à la transmettre), je répondrais à cette dernière question par la négative…(Lire la suite)

24 septembre 2019

Raisonnement par induction et raisonnement par déduction
Petite note explicative. Ayant moi-même longtemps eu une vision plutôt vague de ces deux mouvements de l’esprit, j’en précise ici les contours.
D’abord un petit schéma mnémotechnique…(Lire la suite)

10 septembre 2019

Orthographe : la règle et l’usage
Il me semble utile, pour des raisons que je détaille en fin d’article, de produire un petit schéma de pensée pour comprendre le rapport particulier qu’entretiennent, en orthographe, l’usage (c’est-à-dire le français que nous parlons et écrivons tous les jours) et la règle (c’est-à-dire le code commun que nous avons appris à l’école)…(Lire la suite)

25 juin 2019

Qu’est-ce qu’un philosophe ?
À cette intimidante question, il est possible de répondre une première chose assez simple, pour distinguer le philosophe de la figure de l’intellectuel (pour moi ce second terme n’a rien de péjoratif) : le philosophe est celui qui produit des concepts philosophiques…(Lire la suite)

11 juin 2019

Adapter un chef d’œuvre littéraire au cinéma : une bonne idée ?
« Je préfère le livre »… Dans le prolongement de cette phrase que j’ai entendue mille fois (y compris dans la bouche de gens lisant peu), une petite réflexion à deux voix sur le thème de la transposition littéraire au cinéma, avec mon ami Guillaume Trouvé, en podcast…(Lire la suite)

28 mai 2019

L’orthographe est-elle une forme de politesse ?
Le philosophe Alain écrivait : « L’orthographe est de respect ; c’est une sorte de politesse » . J’ai souvent lu ou entendu ce rapprochement : écrire sans faire de fautes serait une forme de courtoisie, de savoir-vivre, voire, carrément, de comportement éthique. Je remarque tout d’abord que ce discours est majoritairement tenu par des gens qui maîtrisent bien l’orthographe -c’est donc un raisonnement pro domo ; secondement, ce raisonnement me gêne un peu, et voici pourquoi…(Lire la suite)

14 mai 2019

Sujets de philosophie : et si on laissait un choix plus important au candidat ?
Lundi 17 juin, à 08h02, comme chaque année à l’épreuve de philosophie, à côté de l’explication de texte qui ressemble à une voie de secours, deux sujets de dissertation vont « tomber » : ce verbe se disqualifie de lui-même, faisant penser à un verdict, une sanction, pour ne pas dire un « couperet ». Le bachelier va jouer une partie de sa note globale, de son année, de son orientation, sur l’arbitraire de ces deux phrases suspendues dans le vide. Pour le dire autrement, on va jouer sa connaissance aux dés…(Lire la suite)

23 avril 2019

En ligne : le Dictionnaire de l’Académie française
Cela méritait bien un billet dédié : depuis quelques semaines, le Dictionnaire de l’Académie est en ligne et consultable gratuitement. C’est un évé(/è)nement !(Lire la suite)

9 avril 2019

Philo : le test du mandarin chinois
Avant de citer et de commenter les sources de ce petit test de « morale » assez connu en philosophie, j’en résume d’abord (schématiquement) l’argument essentiel.
On met devant vous une boîte avec un bouton. Si vous appuyez sur le bouton, vous tuez instantanément à l’autre bout du monde un vieil homme que vous ne connaissez pas ; vous avez l’assurance de ne jamais en être accusé ; et vous touchez 10 millions d’euros. Appuyez-vous sur le bouton ?(Lire la suite)

26 mars 2019

Connaissez-vous les haïkus?
« Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière », écrivait Flaubert. On aurait là l’épigraphe idéale, en page de garde, d’un recueil de haïkus -ces éclats de conscience. Nul besoin donc de vous refaire la fiche Wikipedia de ces poèmes minimalistes, parfois lyriques, parfois purement descriptifs, tantôt drôles, tantôt philosophiques, toujours subtils, je vous en donne seulement dix à lire -ils se suffiront à eux-mêmes, car :
Pour s’ouvrir dans un esprit,
La fleur d’un haïku n’a besoin…(Lire la suite)

 

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Comment transmettre la littérature ?

La difficulté de cette question, à laquelle tout le monde aimerait trouver une réponse simple et définitive, tient sans doute à la nature même de ce qu’on aimerait faire passer, faire découvrir, faire aimer ; si j’emploie le terme de transmettre dans la formulation de la question, c’est que je pose comme premier préalable que la littérature ne peut pas « s’enseigner » -du moins pas comme on enseigne la chimie, la géographie ou la programmation informatique. La littérature étant un art, et non une discipline de connaissances, vouloir la transmettre comme une simple somme de notions et de méthodes d’analyse de textes est une réduction, pour ne pas dire un contresens. Je renvoie à cet extrait de film lumineux !

Je pose comme second préalable de ne pas perdre de vue que l’objectif réel d’un cours de Lettres est de faire de futurs lecteurs, et non de consolider la rentabilité d’un dossier scolaire ou d’augmenter quelque fantomatique « culture générale » pour être admis dans une bonne prépa.

Comment faire découvrir, donc, un grand texte à un Collégien, un Lycéen ? (La question de la transmission à des adultes mérite un traitement différencié.) Le problème est que le pédagogue n’a le choix qu’entre deux mauvaises solutions. Imposer la lecture de classiques permettra de les faire connaître à tous, mais fera courir le risque, à cause du fait même de les avoir imposées, d’en dégoûter certains, pour toute leur vie. Hélas, les témoignages ne manquent pas. Pour autant, faire sauter le principe de « lectures obligatoires » (quelle affreuse expression, quand on y pense !) laisserait à l’élève sa liberté de découverte, mais on risquerait qu’il n’en découvre jamais aucune, voire qu’il se perde dans les tout premiers sentiers d’une si vaste forêt. Dans le premier cas, on arrive à l’opposé complet de l’objectif de départ ; dans le second, rien ne se passe. Entre un autoritarisme contre-productif et un pédagogisme inefficace, où inscrire l’état d’esprit de son cours ?

A défaut de pouvoir faire monter ses élèves sur une table pour regarder la classe d’un œil différent, comment transmettre ces objets si particuliers que sont un poème, un roman… ? Est-ce qu’un traité de didactique peut répondre à cela ? Je ne le pense pas. Je vais donc partir des témoignages que j’ai pu accumuler sur ce sujet, et schématiser ce qui, selon moi, en ressort. Ce qui marche, ce qui ne marche pas. Je vois trois groupes, en proportions inégales. ¼ des élèves à qui l’école a donné le goût à la littérature et qui, grâce à elle, liront toute leur vie. ¼ des élèves diront, plus tard, que c’est l’école elle-même qui les a dégoûtés de la littérature. Et une grosse moitié qui n’a été ni rebutée ni convaincue, qui garde un souvenir attendri mais plat de ses lectures de Première, et dont la bibliothèque contient quelques classiques, restant sagement au même endroit.

Si j’essaye d’analyser ce qui n’a pas marché, ou moyennement, je vois systématiquement revenir cette question, ici mal vécue, de l’obligation de lire. S’y ajoutent parfois une remarque blessante d’un professeur (qui a en quelque sorte contaminé le goût pour la matière), et l’incompréhension de l’intérêt des exercices donnés. Bien sûr, l’école  a déjà prévu des « activités complémentaires », censées atténuer les deux obligations de présence et de révision (le contrôle) : les sorties théâtre, exposés, lectures cursives et autres… mais ont-elles le pouvoir de lever l’obstacle ?

Chez les élèves pour qui l’école a réussi son rôle de transmission, il semble que le caractère obligatoire n’ait pas eu d’effet négatif. On en trouve même qui reconnaissent que c’est une condition sans laquelle ils n’auraient pas pu faire ces découvertes. Mais l’élément qui revient invariablement dans cette catégorie d’élèves, c’est la rencontre avec un prof « passionnant », dont l’éclat ne faiblira pas avec les années (cf. le succès inattendu de ce hashtag sur twitter), un prof qui était animé par sa matière, en l’occurrence les livres -et son seul exemple, les inflexions sincères de sa voix, sa culture vivante ont joué comme un aiguillon. C’est par le biais de ce médiateur bienveillant qu’une rencontre avec une œuvre particulière, ou un auteur, a pu se produire, et que l’étincelle a pu se produire.

J’en viens donc à cette conclusion : on ne doit pas tant essayer de transmettre la littérature que le goût de la littérature. C’est par rayonnement, et non par contrainte, que le relais se passe. Cela vaut bien sûr pour les enseignants, mais également pour les parents… Nombre d’entre eux me demandent régulièrement ce qu’ils pourraient faire pour que leur(s) enfant(s) lise(nt). J’ai pris l’habitude de leur répondre : lisez vous-mêmes…

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mardi 25 septembre 2018

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